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Cette chose que nous faisons tous sans le savoir…

par | 18/08/2017 | Le fonctionnement psychique, Mécanismes de défense, Mécanismes de protection |

Avez-vous déjà entendu parler du mécanisme de défense de l’interprétation, aussi appelé la projection ? Comme le dit, Colette Portelance, la fondatrice de l’Approche Non Directive Créatrice, lorsqu’on parle de la projection, alors on parle du même processus que l’interprétation. La différence c’est que dans le premier cas c’est conscient, donc cela peut être utilisé comme un outil de connaissance de soi, alors que dans le deuxième cas, si nous ne savons pas que nous sommes en train d’interpréter, alors là c’est un mécanisme de défense.

Là vous devez être en train de vous dire : «Bla, bla, bla… Des grands mots qui veulent dire quoi, Steph? Il me semblait que tu souhaitais vulgariser et garder les choses simples, non?» Oui, oui, je sais chers lecteurs, j’y arrive, justement. Vous savez, quand des événements se produisent, chaque témoin de cet événement va avoir perçu plusieurs détails différemment. Et pourquoi cela? Parce que chaque individu est différent des autres et va voir les choses selon qui il est et ce qu’il a vécu dans sa vie.

Là vous devez vous dire : «Ouin, pis, on sait déjà ça, tu ne nous apprends rien, mais je ne vois toujours pas le rapport !» Ok, ok, alors voici une caricature remplie de stéréotypes pour expliquer d’une manière colorée ce phénomène…

Exemple en caricature colorée

Trois personnes entendent un homme dire un simple «bonjour» à la caissière de l’épicerie, mais sur un ton «étrange».

Pierre, une des personnes dans la file d’attente qui a entendu cela, a beaucoup souffert d’avoir été humilié durant ses études à l’école secondaire. Ce passé va faire en sorte qu’il va être certain que ledit ton étrange du monsieur signifiait qu’il était en train de se dire que la caissière était vraiment conne de ne pas travailler plus vite que cela et le trouver plutôt intransigeant. Pierre projette sur le ton de voix – l’élément déclencheur (voir mon article sur le sujet ici) – ce qu’il a vécu plus jeune.

Nicole aussi est témoin de ce bonjour sur un ton étrange. De son côté, sans en avoir conscience, ce ton de voix lui rappelle la voix du méchant dans un film qu’elle a vu il y a plusieurs années. Ce méchant agressait sexuellement l’héroïne de l’histoire et Nicole était restée marquée par cette scène. Elle a depuis intériorisé la peur de vivre un drame de ce genre. Elle va donc être convaincue que le monsieur qui parle à la caissière aujourd’hui a des intentions maléfiques envers cette dernière, au point d’avoir une envie très forte de faire part «de son intuition» à la jeune femme, afin qu’elle puisse éviter ce drame à venir.

Serge, le troisième témoin de l’incident, n’a aucun passé réveillé par la situation qui se déroule devant lui et se dit simplement que ce monsieur passe peut-être une mauvaise journée. Qui de Pierre, de Nicole ou de Serge a raison? En vérité, seul l’homme au bonjour étrange pourrait répondre à cette question, n’est-ce pas?

La projection, c’est donc ce réflexe que NOUS AVONS TOUS de remplir les informations qui manquent autour de nous pour pleinement comprendre ce qui se passe. On bouche ces trous avec des éléments de notre passé. La majorité du temps, cela se met en branle dans notre tête, sans même que l’on ne s’en rende compte.

Les conséquences sur la relation

Le fait de ne pas se rendre compte qu’on est en train d’interpréter peut causer de la confusion, car on va possiblement répondre quelque chose en étant convaincue que l’autre personne sait de quoi on parle, alors qu’elle n’en a aucune idée puisque nous sommes dans l’interprétation. C’est généralement là qu’on va se faire répondre : «Hein, mais de quoi tu parles?» avec une bouche béate grande comme la bouche d’une morue séchée.

Une autre conséquence possible, advenant qu’on a pseudo-conscience qu’on est peut-être dans l’interprétation, mais que nous sommes simultanément convaincus d’avoir raison, peut être ce qu’on appelle en termes de l’Approche Non Directive Créatrice (ANDC) un non-dit. Un non-dit, est un terme que nous utilisons en jargon crammien (crammien pour CRAM) pour décrire un malaise qui existe entre deux personnes, mais qu’aucune des deux n’ose verbaliser de façon claire, parce que les deux ont peur de la réaction de l’autre. Ce non-dit va créer un froid, une distance entre les deux personnes concernées.

Plus il y a de non-dits accumulés, plus les individus risquent de s’éviter et de se sentir vraiment très mal à l’aise en présence de l’autre. Vous devez reconnaître dans ce que j’explique l’expression courante «avoir besoin de vider son sac.» C’est exactement de cela qu’il s’agit.

Lorsque cela se produit dans une relation de couple, cela va avoir un impact sur l’attirance sexuelle, car c’est difficile d’avoir envie de proximité et d’intimité avec une personne pour qui nous nourrissons des reproches et des malaises secrètement.

Le mécanisme de protection

Le contraire d’un mécanisme de défense s’appelle un mécanisme de protection. Celui qui va être l’antidote pour l’interprétation s’appelle la vérification. Cela consiste à carrément dévoiler à l’autre notre impression, de lui nommer ce que cette impression nous fait vivre, puis de lui demander directement si notre hypothèse est juste ou non.

Un emprunt qui se termine mal…

Voici un exemple fictif pour rendre cela concret : pour organiser la fête de son chum Bruno, Julie a emprunté 140.00$ à sa soeur, Sara, mais cette dernière a ajouté qu’elle insistait pour payer la pizza en cadeau de fête pour Bruno, car elle sait combien il en raffole. C’est Julie qui va chercher et qui paye le 60.00$ de pizza, parce qu’elle habite juste à côté de la pizzeria.

La semaine suivante, Julie rembourse 80.00$ à Sara en croyant que le compte est bon et qu’elles sont quittent. Sara de son côté a pour principe que lorsqu’on emprunte de l’argent, on doit le rembourser au complet, donc elle reste confuse suite à la remise du 80.00$ de Julie et ne vérifie pas avec elle pourquoi elle ne lui a pas remboursé le 140.00$ au complet.

Dans les jours qui suivent, Sara commence à croire que c’est parce que sa soeur avait peur de ne pas être remboursée, qu’elle n’avait pas confiance que Sara lui rendrait le 60.00$ de pizza et que c’est pour celle raison qu’elle a gardé la balance. Sara se sent blessée et insultée par cette idée et décide de ne plus parler à sa soeur.

Chers lecteurs, vous pouvez vous mettre à juger que soit Julie, soit Sara n’avait pas d’allure d’en cet exemple, mais le but de l’exercice n’est nullement de trouver qui a raison ou tord, mais plutôt de vous montrer comment un simple non-dit, une simple petite interprétation, peut faire littéralement des ravages dans la relation entre deux personnes.

Comment répare-t-on les choses ?

Maintenant je vous présente un exemple de ce qu’est une vérification.

Admettons que Sara avait heureusement rendez-vous avec votre thérapeute préférée cette semaine-là et que cette séance lui a permis de voir qu’elle avait omis de vérifier auprès de Julie pour savoir la raison véritable d’une remise de 80.00$ au lieur de 140.00$. Elle pourrait ensuite téléphoner Julie et lui dire à peu près ceci :

«Julie, j’ai besoin de te parler de quelque chose, parce que là je me fais des scénarios et je ne me sens pas bien à cause de ça. Tu sais l’autre jour, quand tu m’as remis 80.00$ au lieu de la somme complète que tu me devais, n’est-ce pas?…»

Là, Julie risque de lui couper la parole en disant quelque chose comme: «Évidemment puisque tu m’as dit que tu payais la pizza. Je ne vois pas où est le problème», signe que Julie est déjà déclenchée par la discussion. Elle se justifie avant même de savoir ce que Sara a à lui dire, ce qui indique qu’elle a peur de se faire faire des reproches.

Sara peut reprendre sa question : «Oui, c’est vrai que j’ai dit ça, sauf que voici comment je vois les choses. Je ne te l’avais pas précisé, mais je m’attendais à ce que tu me rembourses la somme au complet et que tu me laisses mon rôle de te rembourser la pizza par la suite. Le fait que tu te rembourses à même la dette me met mal à l’aise, parce que la seule explication qui me vient est que tu ne dois pas avoir confiance en moi pour te rembourser. Est-ce que c’est ça ou bien si c’est mon imagination qui me joue des tours?»

Remarquez-vous que Sara parle au «Je» tout au long ? De plus, ainsi formulé, elle assume que sa vision des choses est une façon de faire aussi valable qu’une autre et non pas que c’est LA façon de faire qui est la seule «correcte». Julie a peu de chance de se sentir coupable puisqu’elle garde ainsi la liberté d’avoir une manière de voir et d’agir qui soit différente.

Elle va sûrement répondre quelque chose comme : «Ah, je n’avais même pas pensé que nous aurions pu faire ça comme ça. Je t’avoue que j’ai agi ainsi parce que je voulais m’éviter deux aller-retour à la banque, l’un pour te payer et l’autre pour remettre les sous dans mon compte, mais cela n’avait aucun rapport avec de la non-confiance en ta bonne volonté de me rembourser la pizza. Je suis désolée d’entendre que tu te sentais mal à cause de ça.»

BINGO ! Conflit désamorcé! En prime, Julie a pu montrer sa sensibilité envers le malaise de sa soeur, car la plupart du temps quand on se montre vulnérable, cela va rapprocher les gens de nous, puisqu’ils vont éprouver de l’empathie.

Amusant, non? En tous cas moi c’est rendu que cela m’amuse de me pratiquer à parler au «Je» et d’essayer de désamorcer le plus de malentendus possible avec ceux que j’aime. J’en ai fait un jeu de tous les jours, comme des défis personnels.

Je vous souhaite tellement d’apprendre à aimer ça vous aussi, chers lecteurs, car je trouve que cet ingrédient est un des meilleurs pour solidifier les relations qui sont importantes à nos yeux ! Cela permet de prendre soin autant des autres que de soi-même cet exercice.

Cela peut sembler infantilisant ou même ridicule d’oser se montrer vulnérable de cette façon, mais pour avoir utilisé cette méthode à maintes reprises moi-même, je vous signe un papier qu’à force de le faire, on finit par se voir aller quand on interprète les autres.

La toute première fois, c’est souvent difficile de croire l’autre quand il nous répond quelque chose qui est différent de ce à quoi nous nous attendions, mais plus le temps passe, plus on essaie cet exercice, plus on se libère de ce mécanisme, car on l’observe aller et on y croit moins.

Cela aide à se remettre en question, à développer une plus grande humilité, donc cela nous permet de moins nous supérioriser, car croire que nous savons mieux que les autres ce qu’ils pensent ou cherchent à dire mieux qu’eux-mêmes, c’est glisser dans deux fonctionnements à la fois : celui du supérieur, ainsi que celui de l’envahisseur, car nous envahissons ainsi le territoire psychique de l’autre. On peut dès lors commencer à utiliser ces projections comme outil pour une meilleure connaissance de soi, car nos projections sont une source intarissable d’informations provenant directement de notre subconscient.

Si on a affaire à un manipulateur…

L’exemple précédent est à nuancer lorsqu’on a besoin d’utiliser la méthode de la vérification avec une personne avec qui la communication est toujours difficile, avec qui nous marchons constamment sur des oeufs.

Dans ce cas, je vous invite plutôt à simplement y aller droit au but sans montrer votre vulnérabilité, afin de vous protéger.

Donc, plutôt que de dévoiler les scénarios imaginaires qui vous torturent, ne faites que poser une question comme : «Julie, au fait, je me demandais pourquoi tu ne m’as remboursé que 80.00$ plutôt que 140.00$?» Restez-en là, car si la personne a comme fonctionnement d’utiliser les moindres informations utiles pour vous montrer combien vous êtes une personne pas d’allure, et bien ce serait juste malsain de lui donner des armes supplémentaires pour vous faire du mal.

Je vous propose de parler quand même de votre scénario imaginé à un(e) ami(e) de confiance avec qui vous savez que vous ne serez pas jugés, comme cela vous obtiendrez quand même de la sensibilité d’une personne extérieure, afin de vous faire du bien et surtout parce que cela vous permettra peut-être de faire des prises de conscience en utilisant ces interprétations comme perches qui vous mènent plus profondément en vous-même, mais sans vous mettre dans le trouble.

Cette suggestion que je viens de vous faire, c’est en fait un autre mécanisme de protection, celui de sortir de l’isolement, car s’isoler est un réflexe mental trop répandu et qui fait tant de ravage dans nos coeurs, lui aussi.

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